TOUJOURS PLUS NOMBREUX
Le flot des manifestants contre la réforme des retraites a submergé hier à nouveau les centres de Strasbourg, Mulhouse et Colmar dans la bonne humeur et avec une participation accrue de jeunes.
A 14 h 20, place de la République à Strasbourg, Xavier Ulrich (UNSA) regarde un gros ballon en train d'être gonflé. Comme le nombre de manifestants ? « L'AG des cheminots a voté la reconduite de la grève. C'est la 5e manif mais on prépare déjà celle de samedi...Le gouvernement accélère la procédure alors nous aussi, on suit le rythme ! » Un optimisme confirmé plus tard, avec 28 000 manifestants de source syndicale et 8000 selon la préfecture, des chiffres qui s'entendent au moins sur une progression.
Le tracteur de la CFTC proclame « Je suis le Sarko-bull/ Jamais je ne bulle, là où je passe/ la retraite trépasse », Deux syndicalistes hospitaliers relèvent que «pour les soignants, c'est plus difficile, ils ont des auto-collants « Assignée mais solidaire des grévistes ». Des IADE, infirmiers anesthésistes diplômés d'État en tenue de bloc opératoire : ils contestent depuis 7 mois des modifications à leur statut (comme la retraite repoussé de 55 à 62 ans) et annoncent des « actions de débrayage ».
Des sans-culottes, avec lunettes de soleil
Vers 15h, les porteurs de la banderole du collège Gustave-Doré de Hochfelden se mettent en marche : « Pas une année de plus, pas un euro de moins ». Frédéric Karas, avec ses musiciens et choristes chauffe au micro la foule, du haut du car-sono de la CGT. Refrains au parfum révolutionnaire : « Tout est à nous/ rien n'est à eux/ tout ce qu'ils ont/ ils l'ont volé !/ partage du temps de travail/partage des richesses/ ou sinon ça va péter ! » Les métallos CGT ? Des sans-culottes, pantalon rayé rouge et blanc, gilet et bonnet phrygien rouges... plus des lunettes de soleil inconnues en 1789. Le matin, une centaine des leurs de Clestra se sont rendus au siège de l'UIMM du Bas-Rhin à Eckbolsheim où une délégation a été reçue. D'autres (de Schaeffler et Usocome) rejoignaient le cortège de Haguenau, fort d'environ 700 personnes, bien plus que les précédents.
Rue de la Mésange, fumigènes et pétards, vuvuzelas et sifflets n'altèrent pas l'ambiance bon enfant. Albert, en fauteuil roulant poussé par sa femme qui fait attention aux rails du tram, explique : « Oui, j'ai eu des ennuis de santé. Je suis à la retraite mais je défends celle des autres. »
Vers 16h, place de l'Homme-de-Fer, tirant un chariot avec gyrophare bleu et sirène hurlante, Dany, en uniforme bleu marine, explique : « A 60 ans, je ne me vois pas sur une grande échelle ! » Cyril, du même syndicat de sapeurs-pompiers, précise que « la réforme des retraites ne prend en compte ni la dangerosité ni la pénibilité». Emmanuelle, une prof d'histoire-géo en lycée aimerait bien que les choses s'arrangent pour ne plus avoir à faire grève. Mais dans le gouvernement « il y a là une espèce de mépris qui est détestable ». On chante gaiement à la CFDT « le travail, c'est la santé, la r'traite, faut la préserver/ Les prisonniers de Sarko/ font pas de vieux os. » Une jeune femme sourit comme son message : « La France d'en haut se fait des couilles en or, la France d'en bas, c'est nouilles encore ! ». Vers 17h, Gutenberg du haut de sa statue n'en finit pas de regarder passer le flot de la CFE-CGC, de FO, de Sud, du PS, du PCF, d'Europe Ecologie, de Lutte ouvrière, du Parti de Gauche, du NPA et des jeunes de la CNT, de l'UNEF, des jeunes du PCF, du PS etc. Et quand c'est fini, ça continue au Centre de tri postal, à Holtzheim où une vingtaine de cégétistes ont décidé de bloquer le courrier. Un signe de durcissement du mouvement ?
A Saverne, une cinquantaine de manifestants FO et CFDT ont bloqué les carrefours de la ville. Issus du centre hospitalier et de plusieurs entreprises, ils ont traversé la ville avant de se disperser.
A Mulhouse, autour de 5500 manifestants ont défilé aux côtés d'environ 300 lycéens. Les bureaux du MEDEF ont été investis sans incident par la CGT et vers 18 h30, 200 manifestants ont bloqué deux voies de la gare.
A Colmar, environ 2000 manifestants ont défilé hier avec quelque 200 lycéens qui, décidant de leur propre parcours, ont surpris la CGT et la CFDT, avant de faire un sit-in à un carrefour pour bloquer la circulation, d'aller vers la mairie et d'en relever la grille mais en restant derrière les portes vitrées.
MARIE BRASSART-GOERG, AVEC LA PARTICIPATION DES AGENCES